Titivillus, démon des calligraphes

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Portrait de zeshadok
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Titivillus, démon des calligraphes

Comment ne pas consacrer un sujet à celui qui nous fait oublier des lettres, commettre des coquilles, faire des ratures, bref le grand responsable (parce qu'il en faut un, hein !) de tous nos maux ! Je vous ai donc compilé divers renseignements sur ce démon-patron (à défaut de saint-patron) glâné sur le net et grâce aux liens déjà présents sur ce forum. Merci à vous de compléter ceci ou cela :)


Copyright Benoit Billion
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de Jacqueline Liron :
de http://scriptorium.ifrance.com/historik.htm :
D'ordinaire, toute discipline a un saint patron. Toute discipline sauf la calligraphie. Les calligraphes ont eux un "démon patron", Titivillus !
Titivillus est né dans l'esprit des moines du XIIIème siècle et c'est en 1285 que l'on parle de lui pour la première fois dans le "Tractatus Penitentia" de John of Wales. Un peu plus tard, ses propos furent repris par le Patriarche de Jérusalem, Petrus de Palude, qui déclara lors d'un sermon : "Fragmina psalmorum/Titivillus colligit horum".Cela devrait vouloir dire que Titivillus collectait petit à petit des morceaux de psaume car, tapis dans l'ombre des monastères, il épiait les atrocités dites par les moines lors des offices. Ces derniers déplorèrent alors de petits problèmes lors des lectures et des chants. Titivillus était à l'œuvre mais ne s'intéressait pas encore aux scribes.
C'est seulement au XVème siècle qu'il tourna son attention vers les scriptoriums afin de voir ce qu'il pourrait y faire. Alors, le démon se mit à traquer les erreurs et à les engranger dans sa besace qu'il remplissait des centaines de fois chaque jour. Chacune de ces erreurs était inscrite dans un grand livre, juste à côté du nom du moine qui l'avait commise. Et ce livre serait lu le jour du Jugement Dernier.
Avec la recrudescence des demandes en manuscrits provenant des universités, les scribes commirent de plus en plus d'erreurs. Ils les imputèrent alors à Titivillus pour s'en excuser. Cette croyance perdura encore longtemps car on en parlait encore vers la fin du XVème début du XVIème siècle.
Alors, si un jour vous prenez un porte-plume ou si vous pratiquez déjà la calligraphie, quand une lettre vient à manquer ou l'encre se met à baver, regardez derrière votre épaule ...



De http://pedagogie2.ac-reunion.fr/mslp/anciensite/ladilafe/samouss2/titivi... :

LE DEMON PATRON DE LA CALLIGRAPHIE

Je suis Cormac fils de Cosnamach, m'appliquant à Dun Daigre, le lieu où l'on écrit,
et je crains que nous ayons trop mal avec cette encre.

Je suis un pauvre diable et mon nom est Tytyvillus.

D'autres métiers manuels ont leurs maîtres, d'autres arts leurs saints patrons, mais seul les calligraphes peuvent revendiquer un génie protecteur. Le rapport qui suit sur ce singulier diable médiéval du nom de Titivillus est basé sur de maigres chiffons de papier portant des inscriptions et collés ensemble avec une forte dose de suffisance.

Titivillus est né dans l'esprit des moines médiévaux, créé par facétie pour faire ressortir un argument sérieux. La répétitivité de la vie monastique prélevait son dû. Il arrivait que les moines cessent occasionnellement de faire très attention et des mots étaient mutilés, mal orthographiés et déplacés. Il fallait rappeler aux moines le péché d'inattention.
La plus ancienne mention enregistrée du nom de Titivillus apparut aux environs de 1285 dans le "tractatus de Pénitentia " de John de Galles. Et le commentaire le concernant fut répété au début du siècle suivant quand, dans un sermon, Petrus de Palude, Patriarche de Jérusalem, commenta " Fragmina psalmorum/Titivillus collegit horum " qui traduit librement, dit que Titivillus rassemble des morceaux de psaumes. Se faufilant sans être vu, il écoutait chaque atrocité verbale qui apparaissait pendant les services (de messe). Mais les moines déploraient les erreurs de copie et d'écriture autant que celles de lecture et de chant. Puisque aucune trace de son intérêt pour les erreurs écrites n'a été trouvée jusqu'au XV° siècle, il est logique d'admettre qu'il a pu avoir suivi les moines depuis les services pour voir ce qui clochait au scriptorium.
Ce que Titivillus fit quand il voyait ou entendait une erreur lui donnait un statut démoniaque. La première description de Jean de Galles ajoutait un autre fait confirmé dans plusieurs manuscrits (parmi lesquels Londres, British Museum, Arundel 506, folio 46) : " Quacque die mille/vicibus sarcinat ille ". On demandait, était-il dit, à Titivillus chaque jour de trouver assez d'erreurs pour remplir son sac mille fois. Et celles-ci, il les amenait au diable en bas, où chaque péché était dûment enregistré dans un livre face au nom du moine qui l'avait commis, afin qu'il soit énoncé le Jour du Jugement Dernier.
On pourrait penser que la recherche d'erreurs faite par Titivillus était une tâche aisée. Le manuscrit des Cloîtres, tel qu'on le connaît aujourd'hui, fut produit en 1325-28 avec quinze saints mal placés dans le calendrier et les noms mal orthographiés de plus de trente saints. En vérité un sac plein à lui seul. Mais la présence de Titivillus produisait apparemment son effet… Bientôt les moines prirent plus de soin et aux environs de 1460, il se réduisait à rôder dans les stalles du chœur, le sac vide, à la recherche de "bavards et de radoteurs, d'endormis, de bailleurs, de traînards dans la voix, de marmonneurs, de papillonneurs, de fonceurs, de sautilleurs.
Titivillus apparaissait encore, ou plus précisément, fut à court de péchés. Aux environs de 1475, il se réduisait à la méchanceté la plus terne : " Titivillus le diable de l'enfer, tapi dans les églises relève le nom des commères à la messe ".
Mais le diable doit avoir son dû. A un moment au XV° siècle il lui vint à l'esprit qu'un diable pouvait aisément entraîner les scribes à doubler, tripler, quadrupler des erreurs cléricales. Et il ne perdit pas de temps pour mettre son plan en œuvre. Bientôt il fit son plein de péchés comme dans les premiers siècles. Les scribes, surchargés de travail par les sollicitations incroyables que les besoins en textes des universités faisaient peser sur eux, déclinaient toute responsabilité pour les erreurs des manuscrits qu'on les pressait de produire. Titivillus, disaient-ils, les avaient induits en erreur. Et, Titivillus, reconnu comme la cause de leur errata, devint un protecteur plus qu'un fléau car il les absolvait de leur faute.
Création de l'ère médiévale, Titivillus diminua à la lumière de la raison à l'aube de la Renaissance, et on oublia bientôt son nom. Mais personne ne l'avait soulagé de sa tâche quotidienne. Comme l'imprimerie gagnait en popularité et que la bonne santé de la calligraphie déclinait, il diversifia ses activités.
Le moine pieux qui édita le manuscrit "anatomy of the Mass " en 1561 dût ajouter aux minces 172 pages du texte un errata de quinze pages, un record de fautes dans une œuvre aussi courte. L'errata commençait par l'explication du moine pour qui cette redoutable situation était incontestablement l'œuvre du diable. Le manuscrit avait été d'une façon ou d'une autre souillé avant d'arriver à l'imprimerie qui, après l'avoir étudié en le tenant délicatement, avait été mystérieusement induit à faire ce nombre sans pareil d'erreurs quand il le composa.
Sixtus V, pape de 1585 1590, apparemment non averti de Titivillus, autorisa l'impression de la bible Vulgate traduite par Jérôme. Ne prenant aucun risque, le pape promulgua une bulle excommuniant automatiquement tout imprimeur qui porterait une altération au texte. Ceci fût, sur ses ordres, imprimé au début de la Bible. Il examina personnellement chaque feuillet tel qu'il sortait de la presse. Cependant la publication de la Vulgate contenait tant d'erreurs que des bouts de papier portant correction durent être imprimés et collés par-dessus dans chaque copie. Le résultat provoqua des commentaires ironiques sur l'infaillibilité papale plutôt inégale, et le pape Sixtus n'eut d'autre recours que d'ordonner le retour et la destruction de chaque copie. Cependant, il est dit qu'une au moins a été préservée comme testament de l'œuvre de Titivillus.
Depuis la Renaissance, les livres et plus récemment les journaux sont truffés d'erreurs typographiques, dont on dit toujours qu'elles sont inexplicables. Mais il est évident en qui réside la faute. Qui d'autre aurait pu ensorceler les éditeurs du dictionnaire anglais d'Oxford si magistralement : pendant la dernière moitié du siècle chaque édition de cet éminent ouvrage a dressé une page-référence des incorrections parmi lesquelles, plus que toute autre, une note en pas de page de la première mention de Titivillus.
Le regain actuel d'intérêt pour la calligraphie plaît assurément à son génie protecteur. Cela doit paraître à Titivillus comme le bon vieux temps. Comment sinon expliquer les erreurs que nous commettons ?

(Faites passer le sac)
Marc Drogin, Medieval Calligraphy

Moins accessible (en anglais, de surcroît), mais intéressante réflexion actuelle de http://www.titivillus-editorial.com/tes-whois.htm :

Who Is Titivillus?

Titivillus (also spelled "Tutivillus") is sometimes referred to by modern writers as the "patron demon of scribes" (or of calligraphy). He is said to have been active in the Middle Ages, entering the scriptoria of monasteries and introducing errors into the scribes' work whenever their attention wandered.(1)

Evidence for Titivillus's story, however, is difficult to untangle. Modern popular accounts tend to be fanciful, while serious scholars are reluctant to commit themselves to any clear narrative and devote themselves instead to mentioning influences spotted, elaborating on affinities detected, or suggesting conclusions that might be inferred. Nonetheless, the best modern study of Titivillus is a scholarly one: Margaret Jennings's article "Tutivillus: The Literary Career of the Recording Demon," in Studies in Philology 74, no. 5 (December 1977).

In part, the confusion is consistent with Titivillus's story: he was an elusive, protean character from the very beginning. His character was not only ambiguous, but was formed before the age of copyright and trademarks, so that he was free to reappear many times, each time with his story embellished in perhaps a different way.

anchorHe became an important figure in the exempla of the Middle Ages—homilies with a moral point, which were collected by preachers to impress upon their congregations the practical and spiritual importance of avoiding sin.(2) Titivillus played a part in a set of stories centering around the effects of the sin of acedia (spiritual sloth). Among the laity, acedia could cause participants in religious services to "jangle," gossip, or simply engage in idle talk, while it caused members of the clergy to speed up the recitation of prayers, to mumble their words, even to skip entire syllables.(3)

anchorTitivillus arose out of two different narratives on this topic—one devoted to the recording demon and the other to the sack-carrying demon. Of these, the stories of the recording demon are the oldest, dating back to Babylonian times. They later became familiar in the monasteries of Egyptian ascetics in the fourth century A.D.(4) This recording demon was said to frequent churches and monasteries, and write down the sins of anyone he saw there. The sins he collected were then taken down to hell where they would be counted against the guilty person on Judgment Day. (It is interesting to note that at the beginning Titivillus did not show any particular preference for sins having to do with lapses in writing.)

One frequently encountered version of this story described a deacon who breaks out laughing in church during the service. Afterward, the priest reproaches the deacon, who defends himself by saying that during the service he had seen a demon writing down the idle words of some of the members of the congregation. The demon quickly filled the parchment on which he was writing, and to make more space pulled at the top with his teeth. The parchment was so overstretched (with the record of so many idle words and mumbled prayers) that it tore, and the demon was sent tumbling onto his back, making the deacon laugh. anchorThe priest is duly impressed and the story is later conveyed to the congregation so they realize that their chat during the service will be held against them on Judgment Day, because somewhere there among them is the recording demon observing the prayers "stolen from God" by their negligence.(5)

anchorThe other group of stories out of which Titivillus grew began with accounts of the sack-filling demon. Caesarius of Heisterbach in his thirteenth-century work Dialogus Miraculorum (ca.1230), without naming Titivillus, described a "'certain devil' standing in a high place catching 'voces tumultuosas' with his right hand and slipping them deftly into the receptacle held by his left."Diablo Other authors, such as Jacques de Vitry in his Sermones Vulgares of the late 1220s, gave more embellished accounts and described an over-burdened sack filled repeatedly by the demon. anchorThey were less concerned, however, with tumultuous voices than, as already suggested, with a lack of due diligence—mumbled or skipped syllables, or idle thoughts and words in church.(7)

It was, then, as the sack-carrying demon that Titivillus first appeared by name.(8) anchorHe was described in John of Wales's Tractatus de Penitentia (ca. 1285), in a verse that was to become famous throughout the Middle Ages:

Fragmina verborum titivillus colligit horum
Quibus die mille vicibus se sarcinat ille.(9)

Roughly translated, this means

Titivillus gathers up the fragments of these words
with which he fills his sack a thousand times a day.(10)

Both the sack-carrying and the recording demons finally became known as Titivillus (or Tutivillus) in the fourteenth century. His impact on congregations and his power to terrify the slothful lasted for another hundred years.

anchorBy the fifteenth century, however, Titivillus had become more generally an evil demon causing havoc among people everywhere. Some modern writers claim that it was at this point that he became the patron demon of scribes and was blamed for the mistakes they made in copying out manuscripts.(11)

But, while it is true that his influence was fading in religious circles, in drama he was beginning a new phase in his career. He appeared as a recorder of all sorts of sins in the Wakefield Master's Judicium (early fifteenth century)still without any special status as a cause of error among writers or scribes. anchorIn the somewhat later play Mankind, Titivillus was the demon of hell, tempting mankind to neglect due attention to any sort of worthwhile endeavor altogether (not to mention prayer) and thus causing him to join the "company of the demonic rogues."(12)

By the beginning of the sixteenth century, Titivillus, if he appeared in dramatic works at all, did so only as one demon among many.(13) And by the time Shakespeare mentioned him, he was almost unknown: his name had become perhaps no more than a general term of mockery. anchorHe appears once in Twelfth Night (II, iii, 75) when Sir Toby Belch exclaims, "Tilly-vally, lady," after Olivia's servant Maria complains of his "caterwauling" with two others outside Olivia's windows late at night. (Some scholars even question whether the audience would have known who was being referred to.[14]) And in Henry IV, Part Two, Mistress Quickly carries on a dialogue with Sir John Falstaff in response to his desire to bring Pistol into her inn as a guest:

anchorMISTRESS QUICKLY
Pray ye, pacify yourself, Sir John: there comes no
swaggerers here.

FALSTAFF
Dost thou hear? It is mine ancient.

MISTRESS QUICKLY
Tilly-fally, Sir John, ne'er tell me: your ancient
swaggerer comes not in my doors. . . .(15)

Jennings describes both instances of Shakespeare's use of Titivillus's name as "corrupt invocations calling upon Tutivillus to collect a remark silly enough to qualify for his sack." (16)

So, whether or not Titivillus was once the patron demon of scribes, his name does seem due for a return to an active role in our vocabulary: with the invention of modern communications and the Internet, someone to whom we can appeal as a collector of janglings, idle talk, and the results of our own inattention will be kept very busy indeed.



Titivillus sert même de prétexte à des ateliers d'écriture (un site, en fait !) pour les enseignants (http://ardecol-v2.inforoutes-ardeche.fr/titivillus/)



Portrait de Luciole
A rejoint: 30/08/2007
Ville: Marseille

Lol! C'est bien pratique un démon de calligraphes
Mais une question se pose: au bout de combien de fautes on descend aux enfers?

Portrait de behydezell
A rejoint: 07/09/2005
Ville: Vertaw Bretagne


mon interprétation du sujet comme modèle de lettrine pour une animation. ( modèle droits reservés)

Portrait de zeshadok
A rejoint: 01/01/2006
Ville: Périgueux, Dordogne, France

Mais...Mais ?? Mais sa page est vide ?
(lol, c'est superbe Benoît)

Portrait de Cinabre
A rejoint: 14/02/2004
Ville: Cholet

Il a l'air très (trop!) gentil ton démon Behy
Quand je pense à la manière dont il me torture

Portrait de aly
aly
A rejoint: 08/09/2007
Ville: Seine-et-Marne

mdr... j'adore ce démon! Ton interprétation me fait penser au génie de la lampe d'Aladin dans disney... comment ca c'est quoi ces références culturelles...??? mdr!

Finalement je pense que chacun aurait une interprétation différente de ce démon de la calligraphie, ca me donne bien de donner une forme à ce démon qui me tenaille  ....

Portrait de Pepito646
A rejoint: 31/01/2004
Ville: Anglet

Bonjour à tous,

TITIVILUS: je le connais très, très bien. Je pense qu'il doit m'aimer particulièrement.

Bon c'est vrai je suis un éternel étourdit.....Chut!

Portrait de patrick
A rejoint: 12/02/2007

Buvons un encrier à la santé de Titivillus, nom d'une plume !!!

Portrait de Calliscrapcart
A rejoint: 28/12/2003
Ville: 25 km au sud de Paris

Tant que lui ne boit pas trop d'encriers à "notre" santé, ma foi, pourquoi pas... Wink

Portrait de patrick
A rejoint: 12/02/2007

Alors, hop, on s'en jette un. Santé !!!  (moi, c'est de l'encre "invisible" - hi hi, donc pas de taches hi hi)