Calligraphie et spiritualité en occident et en orient

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Portrait de Gildas
A rejoint: 01/12/2007
Ville: Toulouse
Calligraphie et spiritualité en occident et en orient

Je reposte un message sur ce sujet qui m'intéresse, et je suis curieux de connaitre votre avis sur la question.
J'ai l'impression qu'il manque à la tradition occidentale une appréhension de la spiritualité au travers de la calligraphie, au contraire des orientaux et extrêmes-orientaux qui ont dès le début de l'écriture associés spiritualité et partage de connaissances.
Qu'en est-il vraiment?

Calligraphie de Lumière
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Portrait de Anonyme
Anonyme (non vérifié)

je ne m'y connais pas assez pour te donner un point de vue, mais je trouve en effet ce sujet très intéressant...
...je ne suis encore qu'en phase de découverte et j'absorbe toutes les connaissances qui passent à ma portée...
Attendons qu'un esprit éclairé passe par là...

Portrait de Anonyme
Anonyme (non vérifié)

D'un point de vue chinois, tout est spirituel. La calligraphie comme tout ce que l'on fait avec un pinceau ou des baguettes.
Au Japon, c'est pire. L'art de plier le papier toilette est tout aussi spirituel que la calligraphie.

Plaisanterie mise à part, on verra une différence personnelle assez nette entre les calligraphes qui suivent l'héritage tao/confuséen et ceux qui se réclament plus du bouddhisme. Dans la pratique technique, ça revient au même, mais le choix des caractères, des poèmes ou des formules ne sera jamais anodin. La forme et le fond ne sont qu'une seule et même chose, ce que l'on écrit et l'encre qui l'écrit ne sont pas distincts. Les critères techniques et esthétiques sont complètement tao, alors toute calligraphie est un monument taoiste, qu'on en soit conscient ou pas.

Portrait de Gildas
A rejoint: 01/12/2007
Ville: Toulouse

Bonjour Élie,
la spiritualité est donc partie intégrante de la tradition calligraphique chez les chinois et les japonais ( et les arabes),
cette notion semble même être appliquée dans la réalisation des traits calligraphiques, des fonds, de l'oeuvre en général,
Est-il possible de faire un parallèle avec la tradition latine?
Depuis les peintures rupestres occidentales, dans lesquelles la spiritualité semble être très présente, à priori ces peintures servaient dans des rituels initiatiques.
Comment se situent les moines copistes par rapport à cette notion?
Même si le sens de leurs écritures est chargé de spiritualité au travers des textes religieux, sait-on s'il adoptaient une attitude particulière lors de leurs séances de copies?
ou était-ce juste un acte visant la transmission d'un certain savoir?

Calligraphie de Lumière
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Portrait de jean frederic crevon
A rejoint: 11/05/2006
Ville: Toulouse (31)

Avant de parler de calligraphie et de spiritualité, il serait bon de dire ce qu'est pour toi la spiritualité.
Ce mot a tellement été mis à toutes les sauces...
Chez les anciens chinois, le corps et l'esprit ne sont pas séparés. Ni le ciel et la terre.

Il existe un courant "non-dualiste" dans toutes les traditions : pour la chine dans le Tao & dans le bouddhisme Tch'an,
mais aussi ailleurs, dans le Védanta hindou (Advaïta), dans l'Islam soufi et en occident dans une certaine mystique (non reconnue par le christianisme officiel) dont le plus illustre représentant est Maître Eckhart. La non-dualité repose sur le fait qu'il n'y a rien à atteindre, rien à rajouter. Il s'agit davantage d'enlever toutes sortes de concepts qui viennent s'interposer entre nous et la réalité. Il n'y a pas alors de recherche spirituelle à proprement parler car le chercheur n'est pas différent de ce qu'il cherche. Il s'agit uniquement d'ouverture à la réalité. Ce n'est pas quelque chose qui peut être défini par le mental.
Accueillir les perceptions sensorielles aide à se détacher de l'emprise du mental qui souhaite tout ramener à des concepts.

N'importe quelle activité peut être un support pour cette pratique, pourquoi pas la calligraphie latine.
Tout dépend de la démarche mise en œuvre. Peut-être certains moines-copistes sont ils allés dans ce sens...
Pourquoi pas? Chez certains calligraphes orientaux actuels, la "spiritualité" ne semble être qu'un vernis destiné à renforcer leur image auprès du public avide d'exotisme. Il faut se méfier des étiquettes...

Les peintures rupestres du néolithique (ou d'avant) n'appartiennent pas plus à la civilisation occidentale qu'à l'orientale. Ces concepts sont postérieurs et sont le fruit d'interprétations. Ce que l'on peut dire est que les anciens mondes humains d'avant l'antiquité célébraient tous la nature. Il semblerait que le rituel (en tant que célébration) se retrouve sur l'ensemble de la planète à ces époques.

Portrait de ElieDeLeuze
A rejoint: 17/05/2005
Ville: Bâle (CH)

Jean Frédéric a raison... si spirituel signifie religieux, alors non, ni les Chinois ni les Japonais ne pratiquent la calligraphie pour leur(s) religion(s). La spiritualité n'étant pas cloisonnée, il ne faut surtout pas considérer la calligraphie comme l'expression d'une pratique religieuse. D'un point de vue zen, la calligraphie est uniquement un moyen de pratiquer la concentration méditative. D'un point de vue bouddhiste en général, la copie du texte peut avoir un sens dans un but d'intériorisation du message (je préfère dire intérioriser que comprendre) mais c'est une action individuelle dans l'esprit de la doctrine, comme d'autres font une promenade méditative, le ménage en silence ou aller regarder les fleurs dans le jardin.

Evidemment, avant l'imprimerie, il fallait bien copier les textes pour les divulguer, mais c'est une contrainte pratique plutôt qu'une expression particulière de spiritualité religieuse. En fait, j'irais même jusqu'à dire que rien, absolument rien, n'est comparable entre le monothéisme occidental et le tao/bouddhisme/confucianisme. Rien.

Portrait de Anonyme
Anonyme (non vérifié)

Fascinant, tout ça...
Et merci aux esprits éclairés qui sont passés!
S'il y en a d'autres, n'hésitez pas!

Portrait de Gildas
A rejoint: 01/12/2007
Ville: Toulouse

Bonjour à tous,
effectivement le sujet est vaste et le but de mon post est sûrement de mieux me situer par rapport à ces notions, d'en définir un peu mieux les contours et de rendre le sujet un peu moins flou.
Disons pour commencer que je cherche à relier mes différentes connaissances, scientifiques ou non à mes recherches artistiques et calligraphiques.
Je pense avant tout que nous ne nous pouvons plus fonctionner sur un savoir local ( occidental, oriental...) mais qu'une synthèse des connaissances du monde entier est envisable pour constituer une conception plus globale de notre perception du monde et je cherche à sortir (même si je n'y suis pas entré complètement) de la conception matérialiste dominante de la société occidentale et qui est relayée par le calligraphe français le plus connu de notre profession.
Je traite la spiritualité comme un champs subtil et instinctif pouvant malgré tout faire entrer des connaissances scientifiques. mais effectivement pour moi les frontières sont floues entre philosophie, spititualité, métaphysique, psychologie ou philosophie des sciences.
La spiritualité est attachée aux croyances religieuses puisqu'elle fait intervenir la notion d'âme et de croyances, concept ici définit historiquement par l'église catholique. J'ai l'impression que dans les cultures orientales, comme j'ai assez peu de connaissances sur le sujet (et merci à vous pour vos explications), je confond spiritualité et religion.
Pour moi le tao est oeuvre de spiritualité et non de religion car elle est dans mon quotidien abordée en tant que concept intellectuel et non en tant que pratique rituelle. C'est une question que je pose souvent aux calligraphes ou aux artistes qui ont une pratique régulière voire professionnelle, à quoi pensent-ils, que ressentent-ils, quand ils sont en pleine action, peuvent-ils définir leur perceptions...?
Je suis désolé si mes propos sont désordonnés, ce n'est pas évident d'arriver à déterminer ce que je cherche...
Il me semble que le Tao fait intervenir le concept d'énergie Chi ( Ki chez les japonais) et que les calligraphes dans leur pratique méditative concentrent ce chi en eux pour le restituer dans leurs oeuvres et ainsi la transmettre aux spectateurs. Etes vous au courant de cette pratique?
Voila un petit peu pour mieux définir mes préoccupations...

Elie tu écris:
"Jean Frédéric a raison... si spirituel signifie religieux, alors non, ni les Chinois ni les Japonais ne pratiquent la calligraphie pour leur(s) religion(s). "
voila un point de différence entre or riant et oxydant calligraphique. Meme si on est d'accord, partager le savoir avant l'imprimerie avait un côté pratique, mais Maître Eckhart pratiquait-il une forme de méditation au travers de sa pratique calligraphique?
Enfin la question n'est pas évidente, puisque j'ai l'impression, peut-être que je me trompe, que la pratique orientale de la calligraphie est plongée dans une forme de méditation avec leur concept de chi.
Tu continues par:
"il ne faut surtout pas considérer la calligraphie comme l'expression d'une pratique religieuse. D'un point de vue zen, la calligraphie est uniquement un moyen de pratiquer la concentration méditative"
Donc il me semble que c'est là qu'on rejoint la spiritualité par la pratique de la concentration méditative,
voila pour mieux définir ma question précédente: y a t'il un équivalent en calligraphie occidentale?

En fait, j'irais même jusqu'à dire que rien, absolument rien, n'est comparable entre le monothéisme occidental et le tao/bouddhisme/confucianisme. Rien.
Pourtant Jef écrit:
"Il existe un courant "non-dualiste" dans toutes les traditions : pour la chine dans le Tao & dans le bouddhisme Tch'an,
mais aussi ailleurs, dans le Védanta hindou (Advaïta), dans l'Islam soufi et en occident dans une certaine mystique (non reconnue par le christianisme officiel) dont le plus illustre représentant est Maître Eckhart."

Même si ce courant n'est pas reconnu officiellement il a existé et est connu...la voie a été explorée?

"La non-dualité repose sur le fait qu'il n'y a rien à atteindre, rien à rajouter. Il s'agit davantage d'enlever toutes sortes de concepts qui viennent s'interposer entre nous et la réalité."
Pourtant l'enseignement à pour but d'ajouter non?
J'ai une grosse lacune dans ma formation puisque je suis autodidacte, mais je parierai qu'il existe une énorme différence entre la formation actuelle en calligraphie entre ici et en orient,
ma seule formation est le livre de Médiavilla qui m'a beaucoup appris et il est très clair concernant la spiritualité, en parlant (de mémoire), de la célèbre phrase de Kandinsky" l'art est spirituel", il répond que chacun pense comme il veut. 
J'ai déjà vu cette démarche dans le domaine scientifique qui se pose même la question de pouvoir appliquer un retour philosophique sur leur démarche analytique. La plupart des scientifiques pensent pouvoir se détacher de l'objet qu'ils étudient alors qu'il est à peu près clair que ce n'est possible puisque en tout cas au coeur de la matière, les particules réagissent au contact de l'expérimentateur.
Je trouve le travail de C. Médiavilla très beau esthétiquement mais qu'il y manque justement quelque chose, quelque chose de plus, qui fait de l'art une pratique humaine touchant le "coeur de l'esprit", effleurant les mystères de notre existence.
J'adore le livre de Fritjof Capra le Tao de la physique qui fait le lien entre une danse hindoue et le mouvement des paricules...
Je m'en tiendrai là pour l'instant,
mais ni la science de l'art, ni la spiritualité au travers de l'art, à mon humble avis, ne peuvent séparement contenter nos esprits. Je peux et je le ferai plus tard appuyer ma vision par des exemples concrets de lien entre l'esprit et la matière, qui en occident me semblent bien trop séparés par un démarche un peu trop mécaniste de la vie.

J'espère ne pas trop être égocentrique et je suis ouvert à vos réponses, le sujet étant vaste...
Cela fait pas mal de temps que j'aimerai me familiariser avec le soufisme, et je l'apprend ici au non-dualisme, pouvez-vous me conseiller des ouvrages sur le sujet?

"Accueillir les perceptions sensorielles aide à se détacher de l'emprise du mental qui souhaite tout ramener à des concepts."
Pouvez-vous définir la place de votre mental au cours de l'acte calligraphique, pouvez-vous exprimer les sensations que vous avez lors de celui-ci, je suis curieux...

Merci.
Gildas.

Calligraphie de Lumière
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Portrait de jean frederic crevon
A rejoint: 11/05/2006
Ville: Toulouse (31)

Pouvez-vous définir la place de votre mental au cours de l'acte calligraphique, pouvez-vous exprimer les sensations que vous avez lors de celui-ci, je suis curieux...

Pour te répondre précisément cela dépend des circonstances. Dans le cas d'un travail classique d'écriture en tant que "copiste", il peut m'arriver de faire ça plus ou moins machinalement tout en étant conscient de se qui se passe alentour et de penser à autre chose. Mais lors d'une performance, tout est concentré sur l'acte et il n'a pas de place pour la moindre pensée.
Même s'il s'agit par exemple d'une courte création improvisée, en direct lors d'un stage devant juste quelques personnes.
La sensation est celle de la trace, il n'y a plus d'acteur, plus de mental, plus personne. Il y a seulement action. La sensation du moment est alors pure écoute de cette action. L'énergie vitale circule librement et l'action semble se réaliser d'elle-même, sans intention ni intervention du mental.

Je dirais que la sensation de faire un avec l'outil & le support (et où le mental est encore présent d'une certaine manière) précède celle que l'on a pendant l'action de création (où tout est lâché). Mais cette sensation-là peut être maintenue et explorée longuement lors d'exercices répétitifs. Outre le travail technique, la répétition permet la conscience "physique" de la trace.

(En ce qui concerne la non-dualité, il y a des ouvrages dans toutes les traditions. Voici quelques noms d'auteurs : pour l'occident Eckhart, et plus contemporain Jean Klein, Jean Bouchart d'Orval. Pour la tradition soufi, Rumi et Ibn'Arabi. Je te mets un lien vers un site : http://www.omalpha.com/jardin.html )

Portrait de Zack
A rejoint: 15/04/2006
Ville: Aubervilliers 93

Les occidentaux n'ont pas moins de spiritualité que les orientaux ou que les extrêmes-orientaux, ils l'ont seulement oubliée (et on continue d'ailleurs, ça s'enseigne, n'est-ce pas?) le profit, l'industrialisation, bref la consommation, passant avant toute chose chez nous. A preuve la course à la croissance effrénée que l'on nous impose. Jusqu'à quand?
Jusqu'à crever d'indigestion?

N'avons-nous pas tenté d'apporter la "civilisation" (en fait tenté d'imposer notre civilisation) à tous ces peuples?

Qui n'en avaient nul besoin puisqu'ils avaient déjà la leur...