cursive et régulière

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Portrait de ElieDeLeuze
A rejoint: 17/05/2005
Ville: Bâle (CH)
cursive et régulière

 
Eternité
.
Un caractère peut se calligraphier dans des styles assez variés, et je me suis amusé à mettre juste à côté le plus libre, la , et le plus régenté, la . Il faut apprendre à suivre le mouvement cursif pour y reconnaitre les traits du caractère, et bien souvent, il faut apprendre le tracé cursif un peu comme un nouveau caractère tellement la différence est déroutante. Pourtant, avec le temps, l'oeil apprend à reconnaitre les éléments principaux de la cursive, comme on apprend les traits de la régulière. L'essentiel est de sentir le souffle qui porte le mouvement du caractère en cursive pour lui donner vie et y mettre un peu de soi dans une réalisation qui ne sera jamais deux fois la même. Dans le meilleur des cas, c'est même parfois harmonieux et expressif.

Portrait de jean frederic crevon
A rejoint: 11/05/2006
Ville: Toulouse (31)

Sympa cette comparaison. On retrouve bien les traits de base du caractère, mais pas la disposition.
La partie gauche et le trait central du caractère régulier se retrouvent structurés verticalement en cursif.
La ligature crée ensuite une boucle, le blanc volant l'atténue de sorte que la partie droite se trouve renforcée.
Ce qui permet de la reconnaître. Pourrais-tu donner d'autres exemples ?

Portrait de ElieDeLeuze
A rejoint: 17/05/2005
Ville: Bâle (CH)

Merci de ces précisions, Jean Frédéric, c'est exactement cela. Il faut quand même préciser que ces formes sont un peu figées dans l'usage, et pour les caractères les plus courants, on les apprend et reconnait tels quels sans forcément regarder de trop près le comment du pourquoi dans le détail. Mais le détail est justement pationnant pour le calligraphe...

Comme tu me le demandes, j'ai fouillé dans mes réserves, et j'en ai trouvé deux autres présentés ensembles lors de mes exercices.

Neige
 

Signe zodiacal du cochon
 

Portrait de ElieDeLeuze
A rejoint: 17/05/2005
Ville: Bâle (CH)

Harmonie et Lumiere.
Voici deux caracteres en style regulier (souple) a droite, et cursif (semi-cursif) a gauche. Il faut voir les styles calligraphiques chinois comme un continuum, les modeles de reguliere peuvent etre nettement plus polices que ce que je vous presente ici, mais l'esprit et le coup de pinceau est conforme. De meme pour la cursive, on peut trouver des creation nettement plus mouvementees, mais cette version est assez classique dans le cursif.

 

Portrait de jean frederic crevon
A rejoint: 11/05/2006
Ville: Toulouse (31)

Merci beaucoup, Elie, pour ces nouveaux exemples.
Dans celui du bas, il n'y a pas beaucoup de différence, probablement à cause de l'ossature dense et réduite à l'essentiel dans ce type de caractère. Le premier exemple est plus parlant et on note que, dans la version régulière, le signe comporte deux parties séparées. Dans la version cursive, elles sont ligaturées. Ce qui correspond à la partie droite (fermée) du signe régulier se retrouve ouverte en cursif, comme c'est souvent le cas, il me semble bien. On note aussi, dans la partie gauche du caractère cursif, un trait remontant qui suit le trait vertical (il se substitue au second trait gras oblique du signe régulier, descendant). Ce trait remontant finit par redescendre en un fin délié qui croise à nouveau le trait central (vertical) deux fois avant de terminer par la partie droite déjà évoquée.

Même pour le calligraphe latin ou arabe, l'analyse des caractères chinois se révèle décisive pour étudier la composition des trait dans l'espace. De plus, une approche de la cursivité par l'utilisation du pinceau en calligraphie latine, sans une réflexion sur l'art du trait chinois, peut s'avérer infructueuse. Ce n'est qu'une opinion, bien sûr. Mais elle est fondée sur l'observation et l'expérience.

Portrait de ElieDeLeuze
A rejoint: 17/05/2005
Ville: Bâle (CH)

Tu as tout a fait raison, les calligraphies chinoises, latines et arabes se repondent, s'enrichissent, sans s'opposer.

Tu fais bien de remarquer la similitude des formes du second caractere. La composition est semblable, mais le trait est tout a fait different. La reguliere a droite est beaucoup plus posee, plus ferme, alors que la cursive a gauche realise le meme trait avec une energie plus fluide et beaucoup plus vivace. La difference n'est pas dans la forme, mais dans l'execution. (Ceci dit, on peut faire une version beaucoup plus carree de ce caractere encore, ce que j'ai fait la est une interpretation assez souple de la reguliere).

Portrait de ElieDeLeuze
A rejoint: 17/05/2005
Ville: Bâle (CH)

Cette semaine, j'ai l'occasion de continuer la comparaison des styles. Le kaishu est toujours aussi technique. C'est une exercice d'adresse, si vous voulez. On continue à s'entrainer juste pour ne pas perdre la main. Je ne me trouve pas spécialement bon en régulière, surtout sur la composition et le placement précis des zones blanches. Mais la technique de base y est, et il continue à pratiquer, il y a de l'espoir.
 
Le xingshu demande une recherche dans le mouvement. Le style courant est une sorte d'aire de liberté. Le tracé est encore proche de la régulière, mais chacun fait comme il le sent. Les modèles peuvent varier assez sensiblement. Le premier, c'est ma version du modèle donné par la prof de calligraphie:

 

Mais on peut très bien faire une variante plus ou moins cursive, tout en gardant la lisibilité du style xingshu et accentuant l'expressivité du trait. La différence entre les deux versions xingshu est uniquement une question de goût:

 

Portrait de ElieDeLeuze
A rejoint: 17/05/2005
Ville: Bâle (CH)

Cette semaine, la prof de calligraphie nous a montré un tracé magnifique de 花 - la fleur. La différence entre cursive et régulière est tellement énorme en apparence, qu'il est utile d'y regarder de près...

     

En fait, l'ordre des traits n'est pas le même du tout. Le tracé cursif enchaine les mêmes traits, que l'on suit mentalement.
Ordre des traits dans les deux styles, respectivement :

                                            

 Le nombre de méandres en cursif n'est pas arbitraire, on peut suivre mentalement l'enchainement des mouvements suggérant les traits. Seulement on se retrouverait à la fin avec un trait vertical court à gauche. Il faut alors rééquilibrer le caractère en rajoutant un point final à droite. Ainsi, le 花 cursif est aérien, harmonieux.

Portrait de jean frederic crevon
A rejoint: 11/05/2006
Ville: Toulouse (31)

De beaux exemples Elie, bonne idée également de présenter l'enchaînement des mouvements, sur l'idéogramme de la fleur. Cet exemple montre qu'il faut parfois rééquilibrer un caractère cursif en rajoutant un point, un trait, et souligne encore une fois la rigueur dans la composition formelle des signes dans ce type de calligraphie. Il y a toujours un équilibre 1/ du signe lui-même : soit des masses entres elles, 2/ entre le signe (noir) et le vide (blanc).
Mais équilibre ne veut pas dire symétrie, sans quoi on tombe dans l'autre extrême (la chine ancienne se nomme l'empire du Milieu  ). Mais Elie nous rappelle que si la composition est une chose, le tracé en est une autre. Dans les signes cursifs, suivant la vitesse d'exécution, la précision du trait, la lourdeur ou la légèreté de la main qui trace on pourra interpréter la forme et libérer le geste. Ce qui laisse une certaine liberté dans un certain espace...

Portrait de aly
aly
A rejoint: 08/09/2007
Ville: Seine-et-Marne

merci Elie, ce que tu nous montres est magnifique et très instructif!

Portrait de ElieDeLeuze
A rejoint: 17/05/2005
Ville: Bâle (CH)

L'un de mes caractères préférés est 善 - vertu, bonté. Mais il est sacrément difficile à tracer. Ces deux versions-là ne sont pas trop mal:

         

Portrait de jean frederic crevon
A rejoint: 11/05/2006
Ville: Toulouse (31)

Merci de continuer ce sujet qui intéresse toujours.
Pourrais-tu donner quelques exemples de caractères fondamentaux?

Portrait de ElieDeLeuze
A rejoint: 17/05/2005
Ville: Bâle (CH)

Je veux bien essayer, mais c'est quoi, pour toi, les caractères fondamentaux?

Portrait de jean frederic crevon
A rejoint: 11/05/2006
Ville: Toulouse (31)

Ce sont des caractères de base, sur lesquels se fondent tous les autres,
par exemple celui de l'arbre qui donne un petit bois dédoublé ou une forêt
s'il est répété trois fois. Ouverture, fermeture...les éléments de la nature...

Portrait de ElieDeLeuze
A rejoint: 17/05/2005
Ville: Bâle (CH)

Ce n'est pas aussi simple que ça. Tout caractère est une unité graphique, et tout élément le constituant sera réalisé en fonction des combinaisons graphiques et de l'enchainement des éléments. Cela donne des résultats très différents d'un caractère à l'autre. Pour les plus simples, pris isolément, j'ai fait la "montagne" hier soir pour vous. Ce n'est pas l'unique forme possible, certains calligraphes ouvrent le caractères dans l'autre sens, avec des branches droite et gauche penchées dans l'autre sens. Moi, je le fais comme ça, un peu fermé vers le haut.

 
français: cursive - courante - régulière.
chinois: caoshu - xingshu - kaishu.
japonais: sôsho - gyôsho - kaisho.

Mais pour les caractères plus complexes, les tracés cursifs et de courante ne sont pas toujours identiques, les styles varient et on a une certaine liberté créative. Cette semaine, en cours, nous avons eu le problème de deux caractères identiques sur le même rouleau. Il faut donc les faire différemment, varier. Nous avons donc travaillé le style de ce caractère, dont voici deux exemples:
 

A titre de comparaison, voici la version en régulière (pas parfaitement réussie, mais bon, pas mal quand même):

 

Portrait de ElieDeLeuze
A rejoint: 17/05/2005
Ville: Bâle (CH)

Parmis les caractères de base, on peut citer l'enfant : 
Ici en régulière et en courante, et ci-dessous en cursive. Il faut comprendre que les courbures dépendent du style personnel que le calligraphie veut bien lui donner, ce qui différencie la courante de la cursive, c'est l'esprit d'exécution, pas des critéres graphique mesurables objectivement.
La fluidité cursive est un ressenti, variable à l'infini.