réflexions entre calligraphie & lightgraff...

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Portrait de zeshadok
A rejoint: 01/01/2006
Ville: Périgueux, Dordogne, France
réflexions entre calligraphie & lightgraff...

Fortement impressionné par le rendu du lightgraff calligraphié, j'ai eu l'occasion de tenter l'expérience avec Kaalam et avec Icarart, deux acteurs français du light graff en lien avec la calligraphie. Je souhaite ici apporter ce que j'ai vu, compris et testé avec le lightgraff en lien avec la calligraphie.

Lightgraff, késako ?

Pour rappel, le principe du lightgraff reprend celui des traces de lumière laissées par exemple par les feux rouges des voitures sur les photos de nuit... Ce sont ces traces de lumière captées par l'objectif de l'appareil photo qui donne cette touche irréelle à ce nouvel art très en vogue actuellement, notamment dans les performances en public. La grande tendance de ce que l'on voit actuellement en lightgraff ou light painting (etc) est très éloigné de la calligraphie classique. Au plus approchant, cela tient plus du graffiti, comme l'excellent travail des graffeurs Marko93 (Paris) ou Rézine (Lyon). Le travail de Kalaam et Gildas est donc singulier dans le domaine, notamment par leur inspiration arabisante, même si la culture graff reste présente dans leur approche (que ce soit dans le rendu de certains lightgraff ou les lieux "interdits"de prise de vue). De ma connaissance, seul un calligraphe et graveur professionnel, Bruno Riboulot, pratique aussi le lightgraff.
Le matériel nécessaire pour pratiquer le lightgraff est un appareil photo qui permet les "pauses longues" afin de capter un long moment la lumière. Cela impose également des prises de nuit ou en pénombre, et des réglages photo en fonction de l'exposition et de la rapidité de la calligraphie à exécuter. Pour plus de commodité, un appareil numérique est indispensable, et en le reliant à un ordinateur, on peut ainsi afficher des aperçus en plus grand format. Cela permet notamment de mettre au point rapidement les réglages photos (cadre, phocus, sensibilité). Il faut enfin ajouter que Kaalam comme Gildas calligraphient directement à l'envers, puisqu'en lightgraff, on fait face à l'appareil ! une difficulté de plus !

Julien Breton aka Kalaam :
J'ai accueilli Kaalam quelques jours chez moi à l'occasion d'un stage de calligraphie, et nous avons pu échanger sur nos pratiques avec beaucoup de passion !

Dans sa manière de calligraphier la lumière, c'est d'abord des gestes répétés et répétés, la prise d'un repère visuel lointain et une espèce de séance de Tai Chi guidée par l'instinct et une maitrise du souffle ! C'est très impressionnant, très chorégraphique en fait, car avec Julien en tout cas, ce n'est pas 'rapide', sauf avec des sources lumineuses fortes (style led), d'esprit plus "tag' ". Quand on calligraphie en lumière, on peut difficilement être rapide... La calligraphie arabe, avec ses arabesques, ses traits amples et souvent liés, se prête très naturellement au lightgraff. C'est sans doute pourquoi on la retrouve dans cette discipline. Kalaam a d'ailleurs développé un style unique qui allie l'esthétique arabisante d'Hassan massoudy et les lettres latines. Je suis très heureux de cette photo dans mon jardin avec son lightgraff (actuellement la seule dans son genre et sans trucage !) :
Son site internet : www.kaalam.com

Gildas Malassinet-Tannou aka Icarart :
Icarart (Gildas) m'a hébergé lors d'un week-end à Toulouse. Je le remercie au passage pour son accueil et... d'avoir supporté mes tests répétés au light-graff alors qu'il devait préparer une performance en public la semaine suivante  .
Même si l'on ne peut que constater beaucoup de similitudes dans leur pratique du lightgraff , Gildas n'a pas la même manière de graffer la lumière que Kaalam, ni les mêmes outils. Ce qui est intéressant, c'est qu'il a cette spécificité de light-graffer aussi une calligraphie latine personnelle inspirée de modèles "classiques". Le côté brisé du ductus des modèles latins n'est pas "fait" pour la cursivité du light-graff (chapeau bas du coup pour ta rustica, Gildas ). Il faut ainsi repérer dans l'espace, où l'on a commencé le trait 1 pour attacher le trait 2 etc...
Pour ses compos, Gildas prend des repères spatiaux au sol, et pour ses lettres, des repères corporels pour les hauteurs (épaules, ...) et comme Kaalam, il est surtout instinctif. Il y a aussi un long long long entraînement, des gestes répétés mille et une fois, des tests, puisqu'il faut à chaque fois prendre la photo pour voir le rendu.
Son site internet : www.icarart.com

Mes tests :
Pendant mon initiation avec Kalaam, j'ai rapidement cherché comment transposer la calligraphie en lightgraff. Pour cela, le type d'outil est déterminant : du néon à la led en passant par la lampe torche trafiquée, on ne peut pas faire la même chose !
Pour retrouver l'équivalent de la pression de la plume sur papier, on peut utiliser le néon ou la lampe torche (avec un cache pour obtenir un biais) comme un calame laaaarge en jouant sur les changements d'angles :

Premier essai avec un néon convaincant, sauf que je l'ai calligraphié dans mon sens, et que cette photo est donc retournée !
Sinon, ça marche aussi si on calligraphie à l'envers, mais on a vite fait de se mélanger les pinc... les lampes et hop, l'angle se retrouve à l'envers :

Avec Gildas, j'ai poussé plus avant la réflexion, notamment en testant des calligraphies latines qui se prêtent sans doute les mieux à la cursivité du lightgraff... Cursive gothique ? dur dur... mais jouable avec les bons outils.

J'ai pu ainsi constater que le bricolage de l'outil est primordial pour assurer une prise en main qui permet de retrouver les sensations de la calligraphie latine. J'ai eu un peu de mal avec ceux de Gildas car la main se situe au bout du néon, et pas au milieu. cela joue beaucoup lors de changements d'angles. De même, les interrupteurs doivent être souples, pour éviter des hésitations dans le trait.
La rustica est assez marrante pour le changement d'angle, voici un test de Gildas :

Un test en direct et e inversé :

Avec les leds, on peut faire comme avec un pinceau pointu ou un crayon gras (à la pression). Il suffit de marquer les pleins en gérant cette fois la vitesse ou l'orientation du faisceau. Pas évident de prime abord, mais encore une fois, jouable, avec l'entraînement. Une simili anglaise ? pas pour moi, lol, mais bon... :

http://img36.imageshack.us/img36/7426/img7380q.jpg

Avec la led, il suffit donc de jouer avec la vitesse, d'être plus lent dans les pleins pour accentuer le halo et donc la "largeur" de trait. En anglaise, faut donc être rapide en montant et lent en descendant.
Enfin, on peut partir d'une gestuelle (basée sur une chancelière) et procéder de la même manière, sauf que c'est cette fois aux points d'attache des traits que l'on ralentit :

img7384u.jpg

On peut aussi orienter la led vers l'objectif pour obtenir un résultat plus puissant, mais c'est de mon expérience moins évident ! :

img7383.jpg

Voilà pour mes tests.

Bruno Riboulot
Afin de montrer le travail d'un calligraphe pro classique, je vous invite à admirer les calligraphies lumineuses du calligraphe graveur Bruno Riboulot, qui parvient, sans aucun trucage (il me l'a assuré) à réaliser une cap romaine quasi parfaite ! Et d'après ce qu'il me dit, il travaille sans aperçu... chapeau  :


Son site internet :
http://bruno-riboulot.monsite.orange.fr/page1.html

Portrait de Geneviève
A rejoint: 27/09/2004
Ville: Belgique (Saint-Marc)

Merci Zeshadok !
Si j'ose dire, me voilà un peu plus éclairée!
Mais je pense qu'en "live" cela doit le rendre aussi!

Choisissez un travail que vous aimez et vous n'aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. Confucius
www.interligne.org

Portrait de zeshadok
A rejoint: 01/01/2006
Ville: Périgueux, Dordogne, France

On a programmé un stage de lightgraff en octobre 2010 avec Kaalam... Avis aux amateurs !

Portrait de Nigritelle
A rejoint: 18/12/2008
Ville: Bruxelles

Merci pour ces explications, je commence à comprendre! Mais comme cela doit être difficile, incroyable!

Portrait de zeshadok
A rejoint: 01/01/2006
Ville: Périgueux, Dordogne, France

C'est à la fois difficile et naturel. Difficile parce qu'on calligraphie sans appui ni repère, naturel car c'est très gestuel.
Mais c'est comme la calligraphie : cela demande beaucoup d'entraînement !

Portrait de Gildas
A rejoint: 01/12/2007
Ville: Toulouse

Merci Manu pour ta présentation et ton approche de la calligraphie latine appliquée à la calligraphie de lumière.

Ta façon d'avoir abordé directement une recherche parallèle est très intéressante, sur le changement d'angle dans la rustica et dans la recherche de transposition entre la pression de la plume et la luminosité et donc la taille du trait en calli de lumière.
merci pour cet échange qui fut ma foi trop court!

Calligraphie de Lumière
www.icarart.com

Portrait de zeshadok
A rejoint: 01/01/2006
Ville: Périgueux, Dordogne, France

Gildas a écrit: Merci Manu pour ta présentation et ton approche de la calligraphie latine appliquée à la calligraphie de lumière.

Ta façon d'avoir abordé directement une recherche parallèle est très intéressante, sur le changement d'angle dans la rustica et dans la recherche de transposition entre la pression de la plume et la luminosité et donc la taille du trait en calli de lumière.
merci pour cet échange qui fut ma foi trop court!

Bah faudra se refaire ça !

Portrait de Gildas
A rejoint: 01/12/2007
Ville: Toulouse

Pour reprendre la discussion et tenter de mettre l'accent sur les différences et les liens entre calligraphie traditionnelle (calli trad) et calligraphie de lumière (calli de lum), bon tout ça pêle-mêle....

bon je crois qu'il est établit que la calli trad et de lumière sont liées mais sont différentes déjà de par leurs outils et aussi car la calli de lumière reste encore jeune...

j'ai tenté à de nombreuses reprises de travailler la gothique textura en minuscule, c'est d'une extreme difficulté que je n'ai pas réussit à vaincre,
le fait d'avoir des traits droits paralleles avec des enchainements de ductus très précis
au bout d'une quinzaine d'heures d'essais, ça commence à passer de temps en temps mais cela demande un effort considérable de répétition ( sûrement comme en calligraphie trad d'ailleurs), et pouvoir aligner un mot ou une phrase en gothique est pour l'instant un doux rêve perdu dans un recoin de mon inconscient!
Je ne met pas d'exemples de minuscules, cela ne vaut pas le coup...
par contre voici des exemples de majuscules rotunda et batarde qui apparaissent d'ailleurs très à plat:

une petite pour le plaisir:

même si le résultat est adapté à de la trad, le côté plat des lettres est dommage, ainsi en introduisant des mouvements plus amples et avec une différence de vitesse cela donne ça:

Pour la capitale romaine travail ardu également dans la liaison des empattements:

et bravo à Benoît Riboulot qui réalise dans les photos du post de Manu une excellente adaptation !

Dès qu'il y a changement d'angle l'affaire est compliquée, comme je n'ai pas testé les outils de Julien je ne peux pas dire mais selon Manu, cela joue sur la fluidité du mouvement, à tester!
mais avec en arrière plan tes tests sur la rustica , Manu, j'ai tenté de bosser un peu ça:


ce qui en résulte c'est qu'avec ce jaune (remplit de petits traits noirs) du volume apparaît...

Calligraphie de Lumière
www.icarart.com

Portrait de Gildas
A rejoint: 01/12/2007
Ville: Toulouse

J’ai tenté de m’approcher des capitales romaines :

Mais le principale problème auquel j’ai été confronté a été les empattements

Au début j’ai essayé de doubler les traits pour créer les empattements de chaque côté , mais à moins de retomber exactement au même endroit, ça rend la lettre floue et très maladroite :

Pas évident, donc je me suis dit que j’allais utiliser une led pour « combler » les empattements manquants :

1

Au final même si c’est quand même difficile de retomber juste, le trait à led rattrape l’empattement manquant et amène même une petite touche que je trouve assez sympa dans la construction de l’architecture de la lettre…

et une petite dérive lightgraffitesque:

Qu'en pensez-vous?

comment améliorer ces capitales?

Calligraphie de Lumière
www.icarart.com

Portrait de zeshadok
A rejoint: 01/01/2006
Ville: Périgueux, Dordogne, France

Rappelle-toi les changements d'angles, c'est la solution la plus évidente pour les empattements. Sur le net on trouve des vidéos de calligraphies capitales au pinceau plat... j'avais mieux, mais, genre :

Sinon, c'est très esthétiques l'alternance néon/led, bien vu !! Ca fait un peu pensé aux calligraphies modernes éxécutées à l'automatique pen

Peter Unbehauen KunstRatgeber Kalligrafie, Englisch-Verlag

Je suis pas fan, mais ce sont des liens que j'ai trouvé.

Portrait de zeshadok
A rejoint: 01/01/2006
Ville: Périgueux, Dordogne, France

Je viens de trouver une autre manière, très simple et logique, mais pas forcément évidente pour un habitué de la calligraphie pour faire pleins et délié. C'est de jouer avec un néon selon l'axe transversale (la ligne entre le lightgraffeur et son appareil. Quand on pointe le néon vers l'appareil, on obtient un point (dans l'absolu) ; en écartant son bras sur sa droite, ou sa gauche, le trait devient de plus en plus large.

La galerie du lighgraffeur Sektoo est un bon exemple :

http://c4.ac-images.myspacecdn.com/images02/90/l_55d3f2a21b8044939e7ca6b58e05cb7f.jpg